Histoire du Skye

Histoire du Skye terrier






Répartition des 5 races de terriers d'Écosse.




L’histoire du Skye est à l’origine très mystérieuse, du moins en ce qui concerne ses ancêtres et ses autres liens de parenté. Tout ce que l’on sait, c’est qu’au 17ème siècle on retrouvait des chiens de ce type sur l’île de Skye en Écosse. Certains ont alors fait le lien avec le naufrage à cette époque de l’Invincible Armada près de l’île de Skye. Des bichons maltais issus du naufrage seraient arrivés rescapés sur Skye et se seraient croisés avec des cairn terriers déjà présents depuis des siècles. De là proviendraient la longue fourrure et les oreilles parfois tombantes du Skye terrier... Mais le problème, c’est que cette hypothèse ne tient pas debout. En effet, les Skye terriers étaient déjà décrits comme ayant une longue fourrure des décennies avant le naufrage de l’Invincible Armada. De plus, les bichons maltais sont blancs, or aucun Skye terrier n’est de couleur blanche. Toutefois, il est intéressant de remarquer qu’il y a plusieurs siècles, les Skyes de la lignée de Lady MacDonald étaient décrits comme croisés avec les bichons de l’Invincible Armada. De nombreux tableaux montrent que ces chiens étaient très appréciés de la noblesse écossaise et avaient même pris la place des épagneuls nains. Comme on peut ainsi le voir dans le dessin ci-dessous, ce type de Skye, à la différence des autres, était plus petit et avait le poil blanc doux et parfois ondulé, le nez rose, de grands yeux ronds et la queue crochetée. À vrai dire, si ce n’était sa conformation bassette, il ressemblait plus à un bichon qu’à un Skye de cette époque.


Un croisement Skye-bichon d’après des tableaux (reconstitution)


Mais cela ne résout pas le problème des ancêtres du Skye. Il faut remonter d’un millénaire dans le temps pour trouver une piste sérieuse.
De toute façon, un des ancêtres du Skye est déjà connu : ce sont les terriers que les Celtes ont amené d’Europe continentale en Écosse. Ces chiens existant depuis 2000 ans étaient semblables au type ancien du fox terrier, avec un poil dur et court, un corps ramassé et des oreilles semi-dressées ou dressées. Ils étaient assez hauts sur pattes. Ils étaient blancs tachés de fauve, de noir ou de bleu. Vers l’an 900, l’autre ancêtre du Skye est entré en scène. C’est en effet l’époque des invasions vikings. Les Vikings arrivèrent dans les Hébrides dont fait partie l’île de Skye, ainsi que sur toute la côte nord-ouest de l’Écosse. Ils amenèrent avec eux leurs chiens, une race de type spitz, de format basset, à la queue courte et de couleur bringée unie. Ces spitz se croisèrent alors avec les terriers, donnant sur l’île de Skye un terrier basset, de couleur unie et semblable en morphologie à son ancêtre nordique... Le Skye terrier est né. Cette origine en grande partie scandinave du Skye a, contrairement à l’autre hypothèse, de très solides fondements. En effet, au pays de Galles, il existe un chien de berger vieux de 1000 ans, le Welsh corgi, dont l’origine viking est attestée. Comme son ancêtre, c’est un basset qui ressemble assez en morphologie au Skye.


Welsh corgi (variété Cardigan) (source Wikipédia)

Le Welsh corgi aurait pour autre ancêtre les anciens chiens de berger du pays de Galles, race en voie de disparition. De plus, il existe en Suède un chien de type spitz qui ressemble à l’ancêtre du Skye et au corgi. Ce chien de berger, le spitz des Wisigoths, est très bas sur pattes avec une queue courte.


Spitz des Wisigoths (source Wikipédia)

Dès lors, il y aurait eu une première différenciation des terriers écossais. Le Skye, le plus métissé avec les spitz, serait originaire depuis toujours de son île. En revanche, sur le bloc écossais, un autre chien un peu moins croisé serait resté et aurait rejoint l’île de Skye quelques siècles plus tard : il s’agit du cairn terrier, parfois faussement considéré comme l’ancêtre du Skye, alors que sa morphologie montre le contraire : c’est aussi un vieux terrier celte croisé.


Cairn terrier (Mascotte, prod. et prop. : Violaine Alfero, auteur du site)

Dernière question : d’où provient le poil long du Skye ? Pas forcément d’un croisement, comme certains peuvent le croire. En effet, l’île de Skye est surnommée l’île du vent. De climat froid, elle est balayée par des tempêtes de neige en hiver qui rendent quasi impossible l’existence d’arbres à l’intérieur des terres. C’est pourquoi il n’y a aucune vie humaine ailleurs que sur les côtes de cette île hostile. Les chiens, eux, avaient une vie encore plus dure que celle des hommes : ils étaient contraints de dormir dehors, même en plein hiver ! Dès lors, un poil long est devenu indispensable à leur survie. Les chiens à poil court sont tout simplement morts de froid. C’est ainsi que le Skye terrier est devenu ce qu’il est aujourd’hui.


Skye terrier de type ancien (reconstitution).

Comme on peut le voir sur ce dessin, le Skye de type ancien était à oreilles tombantes et son poil était légèrement plus court qu’aujourd’hui, sans doute à cause du manque d’entretien. Sa dissemblance avec le cairn ne fait aucune ambiguïté et il est certain qu’il ne descend en aucune manière de cette race ni ne l’a créée. Certains penseront qu’il avait une vague ressemblance avec le Dandie Dinmont terrier, mais il y a des différences fondamentales entre ces deux races : la forme du crâne et du dos, le port de queue, le poil et sa couleur et enfin le caractère. La conformation du Skye en fait très certainement l’ancêtre du dandie, mais le crâne et le dos ronds, le poil particulier et les couleurs poivre ou moutarde de ce dernier sont dus à un apport d’otterhound, qui ressemble fortement au dandie d’ailleurs.


Durant le Moyen Âge et jusqu’au 16ème siècle, la vie pour les skyes ne fut pas tendre. Ces chiens étaient détenus exclusivement pour la chasse. Les propriétaires terriens les utilisaient en petites meutes pour tuer les animaux creuseurs de trous comme les blaireaux ou les renards. Les seigneurs en avaient pour la chasse sportive. Les paysans en avaient aussi pour braconner le lapin. La chasse étant alors interdite aux non-nobles, c’était le seul moyen pour eux d’avoir de la viande, la possession d’un grand chien de chasse étant également interdite. La sélection des Skyes pour la chasse était très cruelle, les paysans ne pouvant se permettre de nourrir une bouche inutile. À six mois, le jeune terrier était enfermé dans un tonneau avec une loutre. S’il parvenait à tuer la loutre, il était gardé. Mais si la loutre restait en vie, c’était le chien qui devait mourir...
Mais heureusement, à partir du 16ème siècle, la vie devint plus douce pour les Skyes qui avaient la chance d’avoir des maîtres fortunés. Leur magnifique fourrure et leur fidélité à toute épreuve en firent les compagnons favoris des dames, détrônant même en popularité les épagneuls nains. Ils se répandirent alors dans toute l’Écosse. Un petit Skye nommé Geddon devint même le chien préféré de Marie Stuart (voir des Skyes étonnants).
Au fil des siècles, la popularité des Skyes monta encore. En 1842, la reine Victoria elle-même apprit leur existence dans les régions inexplorées du Nord et en fit ramener des spécimens. Rapidement, le Skye devint sa race préférée, et elle en fit l’élevage. La reine possédait un chenil des plus beaux Skyes à oreilles dressées ou tombantes. Son plus célèbre champion était une chienne nommée Rona 2. Elle avait également un Skye nommé Boz qui était son chien de compagnie et la suivait dans tous ses déplacements.
Avec cet intérêt royal pour la race, le Skye devint LA race à posséder pour les dames nobles, qui cherchaient à imiter Victoria dans ses moindres faits et gestes. Il était impensable pour les ladies de se montrer en public non accompagnées d’un Skye terrier.


Mais le Skye, au départ chien de pauvres, ne devint pas réservé aux nobles. Il était alors répandu chez toutes les classes sociales, dans toute la Grande-Bretagne. C’était l’une des races les plus courantes. C’était un bon ratier et un excellent chien de garde dans les villes sales et enfumées de la révolution industrielle.
La vague de popularité du Skye atteignit un sommet vers 1900, où les expositions de beauté comptaient parfois une centaine de Skyes engagés ! Ces Skyes, de plus, comptaient séparément une variété, considérée comme race à part, le Clydesdale terrier. Il s’agissait d’un Skye à poil soyeux. Il était très beau et était très apprécié, mais la concurrence qu’il faisait aux Skyes “classiques” le fit exclure des expositions et le mena à la disparition. Cependant, les Clydesdales s’implantèrent auparavant dans le nord de l’Angleterre, où, croisés avec des terriers locaux, ils donnèrent naissance au Yorkshire terrier.
Le Skye terrier à cette époque comptait une autre variété très répandue, le Skye à oreilles tombantes. Considérés comme moins spectaculaires que ceux à oreilles dressées, ces Skyes se sont de plus en plus raréfiés et sont devenus aujourd’hui rarissimes en Europe. Pourtant, les Skyes à oreilles tombantes sont le type d’origine de la race. Cela serait attesté par le fait que certains Skyes des plus typés (donc du type le plus pur), et uniquement ces derniers, avaient les oreilles tombantes. Les Skyes à oreilles dressées seraient en fait apparus par croisements avec des cairn terriers, ces derniers étant alors considérés comme une variété de Skye. Les croisements n’ont été interdits qu’en 1912.

Arline’s Yazzee Yuta dite Pamela - prop. Maître
Le Skye doit sans doute ses belles oreilles dressées à son cousin cairn.

Wolverley Chummie, né en 1899, est considéré encore aujourd’hui comme le plus beau Skye de tous les temps. Cependant, ses 27 CCs (récompenses anglaises très difficiles à obtenir) ont tous été obtenus sous le même juge ! Ce qui toutefois n’enlève rien à sa beauté effectivement exceptionnelle. En 1910, à sa mort, son corps fut empaillé et exposé au musée d’histoire naturelle de Londres.
L’élevage Wolverley était à l’époque le meilleur élevage au monde. Rapidement, l’élevage of Merrymount de Lady Marcia Miles lui succéda et est à l’origine des meilleures lignées au monde actuellement. Aujourd’hui, l’élevage le plus réputé du monde est l’élevage Acheo de Sine Threlfall, à Ardvasar sur l’île de Skye. Les Skyes de cette lignée proviennent des chiens de Lady Marcia Miles. Au Canada, du début du 20ème siècle jusqu’aux années 1970, l’élevage Taliskers produisait également des Skyes de qualité exceptionnelle. Aujourd’hui, l’élevage le plus réputé sur le continent américain est l’élevage Olivia appartenant à Olga Smid. De nombreux Skyes de qualité dans le monde ont des ancêtres de cet élevage.
Depuis la première guerre mondiale, les effectifs de Skyes se sont mis à chuter du fait de la fin de l’époque victorienne et du nouveau succès d’une race récente, le Yorkshire, descendant, ironie du sort, du Skye lui-même ! Cependant, en France, jusqu’au début des années 1990, il y avait environ 200 naissances de Skyes par an, tous à oreilles dressées. Les effectifs ont ensuite encore chuté du fait de la mode des races à poil ras et le Skye français s’est retrouvé en manque de sang nouveau. C’est encore le cas aujourd’hui. C’est pourquoi l’étude des pedigrees est aujourd’hui primordiale pour l’élevage des Skyes, bien plus encore que pour une autre race. La consanguinité doit être évitée à tout prix, et l’élevage n’est pas une affaire de débutant. La consanguinité a des effets dramatiques sur les Skyes avec de graves problèmes immunitaires et, pire encore, conduit à des Skyes agressifs ! Il importe donc pour le futur propriétaire d’inspecter le pedigree du chiot afin de s’assurer de l’absence de consanguinité. Mais par chance, de nombreuses lignées situées à l’étranger sont bien moins consanguines et permettraient de régénérer la race. Pour l’instant, la situation est donc bien sombre pour le Skye mais espérons que l’importation de nouvelles lignées se généralisera pour éviter une disparition autrement inéluctable de cette belle race dans notre pays.